Une petite visite dans un bistrot d'initiés et hop un petit haché menu dans le Figarosope...
Avec ces froids de gueux qui viennent régulièrement mordre les chevilles des Parisiens, rien ne vaut des nourritures de barbares, de huns qui viennent vous fouetter les sangs. On a envie de couvertures épaisses, de saindoux et de vents violents. On marche empaqueté dans de lourds manteaux. Ces déambulations ont souvent un but : des adresses de réconfort, des tables épaisses, sans vergogne, délurées. On y entre sans même vérifier si on a été suivi car ici, nous voici de plein pied avec les choix délibérés. Partout dans la Capitale, il y a ce genre de gros cailloux, ce genre de caverne solidement arrimée au roc. Ici, attention, c’est du sérieux. De la moustache et du biscotos. Si une petite biscotte s’en vient à passer par là, c’est à peine si on lui dit bonsoir. Ca n’existe pas. Disons que pour avoir l’œil du patron, il faut dépasser le quintal et avoir le coude pendulaire. Ca nous va aussi…
Accueil. On l’a dit plus haut, un peu rêche pour le quidam. Ca va mieux dès que l’on a du bide ou mieux encore, un nom style Petit renaud, Pierre Perret, Claude Serillon…. Faire partie du cercle, quoi, des initiés. Du reste, quatre gaillards constituent devant le bar une vraie muraille de pardessus et de scrogneugneu. Ils coulissent avec des airs entendus avec le patron, Serge Alzérat, 145 kilos de « bonne humeur » disent quelques papiers bienveillants, ah bon…. Pendant ce temps, les convives sont empilés dans la salle de droite. C’est drôle, cette manie : il y a partout des coins, des endroit sympas et boum, on entasse au coude à coude, histoire que la boite à sardines soient bien serrée bord à bord. Ce n’est pas grave. Le serveur doit avoir l’habitude. Pas les clients.
La salade. Le serveur insista pour nous faire goûter la salade de ravioles. Ma théorie, c’est qu’il n’y a pas de malice, juste une opportunité du marché. Alors va pour les ravioles superbement loupées et ratatinées traînant leur colère graisseuse dans une salade convenable, correcte avec des pignons bienvenus qui ont failli sauver l’ensemble.
Le steak tartare. Lui il pousse bien il est abondant, précisément relevé, percute joliment et s’avère être savoureux. Il adhère à son propos, dégage bien, virevolte, très agréable avec une viande de choix provenant des établissements Hugo Desnoyer. Les frites, elles, sont à la ramasse. Elles ne valent rien. Ont été traitées par dessous la jambe et c’est misère d’être ainsi avec les fondamentaux. C’en est même triste de voir cet établissement multiplier les labels et les coupures de presse et être si désinvolte dans un plat aussi facile (n’est ce pas ?) et attendu. Désolant. Salade neutre et un peu sotte.
Dessert. La tarte aux pommes tatin, elle est à bout de souffle. Car elle a été trop réchauffée. Confite dans son attente désespérée, elle peine elle aussi à articuler un semblant de goût. Une sorte de trou de mémoire, elle aussi.
MAIS ENCORE
Est ce cher ? 111,50 euros, humm tout juste et même pas franchement bon marché notamment la salade de ravioles à 12 euros.
Faut il y aller ? C’est tout de même désarmant ce genre d’adresse qui font l’unanimité : vous y allez paisiblement, sans arrière pensée et qu’est ce qui vous saute à la gorge ? Le réel ! J’y suis allé pour vous faire économiser une soirée…
L’Opportun, 62, boulevard Edgar-Quinet, 75014 Paris (01.43.20.26.89). Map