Il palpa sa veste. Chercha de quoi payer le crème. Trouva de la petite monnaie. Et une pincée de billets. Sa veste était un peu chahutée mais plus que d’habitude. Lui qui collectionnait les trous et les tâches estima cependant qu’il serait temps d’en changer. Il l’entrouvrit et remarqua une tache bizarre sur le cœur. Une sorte de flaque. Du sang ? Non, quoique. Il se sentait lui aussi en vrac. Comme un choc. Un roulé boulé, quelques pas sur le trottoir. Rien de frappant cependant. Tout de même, il manquait quelques éléments. Comme s’il y eut une production brève dans sa vie, d’un contrepoint et que celui-ci lui échappait. Tel quel.
Non, son stylo s’était brisé et l’encre (bleue) avait gagné l’étoffe. Bizarre tout de même.
Ces chaussures en daim étaient souillées. Il palpa une nouvelle fois sa veste, trouva un Punch culebras un peu cabossé, parvint à l’allumer et continua l’inventaire. Des allumettes, des clés d’appartement, un préservatif, un ticket de bus, un carnet à spirale tout neuf. C’est tout.
Roland Barthes se releva. Une douleur à l’épaule lui rappela que le café avait été un peu brûlant. Mais tout de même, pas tant que cela.
Dans la rue, il se recoiffa. Il devait être 16 heures. Il resta bien dix minutes ainsi. L’air était vif. Il était là, vaguement interdit. Un peu gauche. Il eut comme l’impression d’être un peu nigaud d’être planté là comme un arbuste. Il fallait trouver une contenance. Marcher par exemple. Ses pas l’orientèrent vers le boulevard saint Michel. A droite, à gauche. Il choisit l’ascension du boulevard. Vers le Luxembourg ? deux trois personnes le saluèrent, il ne répondit qu’à moitié. Qui était ce donc ces visages ? La ville flottait plaisamment. L’épaule lui faisait moins mal. Il passa devant le célèbre restaurant la Closerie des Lilas. Au lointain, Philippe Sollers le salua mais Roland Barthes ne répondit pas. Il filait sans savoir pourquoi vers la gare Montparnasse. Il trouvait étrange cette sollicitude. Vint le moment, où un libraire du boulevard le salua avec effusion.(la suite demain)


Le début fait peur mais c'est pas mal....
Rédigé par : Gould | 07 août 2010 à 22:30