Dans les séries d'été, le Figaro s'est amusé à opposer des styles de vie et d'objet, voire de personnalité. Pour ma pomme, j'ai hérité d'un sujet coton...
Êtes vous Robuchon ou Ducasse ?
Voilà une question intéressante. Logiquement, tout être sensé s’enfuit devant une telle question, en prenant soin de ne laisser aucune empreinte digitale sur le journal. Pour mener l’enquête, plusieurs refus polis, des voix étranglées par l’émotion, des murmures minuscules. Autant dire rien, du style : bon courage. Si, un message anonyme : "L’un te donnera trois coups de poignard dans le dos, l’autre te décapitera au sabre japonais".
Charmant.
Résumons donc. Alain Ducasse né dans la Gascogne, Joël Robuchon dans le Poitou.
Cela ne nous avance guère, il n’y a pas grand chose à détricoter. Quoique. Le
premier fonctionne plutôt à l’huile d’olive, l’autre au beurre des Charentes.
Voilà un vaste pan psychologique : le hamac, les cigales, la sieste
opposés au bocage neurasthénique, les lumières laiteuses, les après midis
mornes traversées par les routes communales. Sauf que cela ne correspond pas.
Il faut trouver des actes fondateurs. Ducasse seul survivant d’un accident
d’avion. Robuchon sauvé du séminaire. On l’a compris, tous les deux ont connu
la frousse de leur vie. Ce sont des miraculés. Mais le premier aura appuyé sa
bonne fortune sur ses relations du Rocher (Monte-Carlo) pendant que le second a
trimé dans les sous-sols des cuisines. Il a franchi tous les cols. Tout deux
ont sacrément bien réussi avec cette hargne constante qui nécessite bien
plusieurs placards pour entasser les cadavres. Vous sursautez ? Vous avez
raison, mais un jour, il faudrait bien que vous descendiez de Bisounoursland
pour réaliser que le monde des cuisines est un univers assez cruel. Vachard,
violent, sadique et autres tortures mentales : plats jetés en pleine
gueule, coups et blessures. La profession n’aime pas en parler (relire le début
de l’article) et préfère laisser au quidam des photos posées au marché, le nez
dans une touffe de cresson.
Nos amis ne sont donc pas des agneaux même s’ils le cuisinent différemment. Disons que Joël adjoindra une admirable purée de pommes de terre (une réinvention qui le fera passer dans la postérité) alors qu’Alain glissera une poêlée de légumes de saison sursautés au wok (le premier a avoir médiatisé les tronçons de carottes et les sifflets de salsifis). C’est aussi une façon de voir le monde : le réduire, l’assujettir, le réincarner façon anthropocentrisme (Robuchon) ou alors lui laisser sa vie, son esthétique naturaliste, sa vocation bio angélique (Ducasse). Si l’on peut se permettre (j’entends déjà les orgues de Staline pivoter vers le boulevard Haussmann), ils gèrent leurs employés un peu de la même façon : maillage d’obligés pour le premiers, élevage en plein air pour le second. Les cuistots de Joël émergent un peu cabossés de leur passage (mais sortis de leurs conditions) alors que Ducasse les galvanise, les protéine et en font des ogives nucléaires pulvérisant leur CV.
Tout deux ont leur ancrage, Ducasse oscille entre sa centaine de valises (c’est un collectionneur du genre ainsi que d’antiquités africaines) avec un ancrage Côte d’Azu-r Riviera (entre Maremma et Verdon) alors que Robuchon a constamment nourri un sentiment pour le Japon où il triomphe pour sa légitimité ; l’approche hautaine de Ducasse freinant gentiment (comme naguère à New York) ses avancées.
Voyez vous plus clair entre ces deux astres de la gastronomie française ? Voyez vous des familles dans cette bataille de deux superbes egos juchés sur leur pain de campagne ? L’un se veut plus intello, brassant les concepts, entretenant des nuées d’experts, fichant ses journalistes, sans cesse girouettant vers les idées nouvelles : les locavores, la nourriture dans l’espace, le bio (Ducasse) alors que Robuchon est plus pragmatique, manuel, avec un instinct bonifié par l’âge. Il était terrible, il est devenu beaucoup plus sympa.
Tout deux, en tout cas, n’ont de cesse d’avancer, ils se tirent la bourre certes avec une jubilation de fripons et de corsaires, mais régulièrement, comme des parrains ivres de victoires, ils se retrouvent dans une auberge planquée, garent leur limousine à vitres fumées, s’échangent des maîtres d’hôtels, des fournisseurs, donnent un coup de main discret à des copains. Là-dessus, ils sont admirables. Dieu en descendrait presque de son nuage, histoire de converser avec ces deux gredins. Le problème, c’est qu’il aurait du mal à regagner son firmament. Les deux lascars savent toujours cuisiner, et sortir les meilleurs flacons. Ils seraient capables de lui faire signer un contrat de franchise pour commercialiser son nom.


Autant l'un que l'autre se prennent pour des tycoon de la gastronomie,mais au final faudrait peut-être qu'ils redescendent sur terre parce qu'ils ne sauvent pas des vies,ce sont deux marchands de soupes,excellentes au demeurant,mais marchand de soupes quand même.
Rédigé par : Pascal Henry | 07 septembre 2010 à 14:31
Vrai, le monde de la cuisine est en effet comme le monde de l'entreprise et c'est pour ca que j'ai prefere la cuisine qui etait d'une violence plus honnete en quelque sorte.
Rédigé par : Franck | 05 septembre 2010 à 02:39
Excellent papier qui change des hagiographies habituelles - mais en gardant une pointe de tendresse.
Rédigé par : Claire | 03 septembre 2010 à 11:16
Excellent ! Tellement vrai, tellement juste.
Rédigé par : thierry | 02 septembre 2010 à 21:49
Mais Franck en. Quoi le monde de la cuisine serait-il moins cruel que celui de l'entreprise? Finalement c'est la même chose non?
Rédigé par : Gould | 02 septembre 2010 à 12:43
Le monde la cuisine en mode 3 etoiles est effectivement vachard et criuel et il est vrai qu'il faudrait descendre parfois de son univers BisounoursLand comme le dit Francois Simon. J'ai moi meme passee 5 annees dans un etablissement trois etoiles Michelin a Paris et je pourrais ecrire un petit livre la dessus car je me souviens de tout (querelles-soumissions-indignation- regalde de compte) bref je ne regrette rien car on ne fait meme plus son service militaire mais beaucoup de bon garcon ont rapidement abandonne a cause de second ou chef de partie jaloux d'un talent inexplore. Fatalite de la vie?? je ne sais pas. En tout les cas je n'aime ni Jojo ni Dudu, malgre que mon compteur pencherait un peu plus sur l'ethique de Jojo.
En parlant de Jojo, je l'ai vu arrive en cuisine apres un service dans l'etablissement ou je travaillais et il a glisse doucement quelque chose dans le creux de l'oreille a un second a l'epoque. J'ai apprit qu;il voulait debaucher des gars par la suite.
Rédigé par : Franck | 02 septembre 2010 à 09:17
Beaucoup de Japonaises dans votre chausson aux pommes...
Rédigé par : Gould | 01 septembre 2010 à 13:51