Il s'est décarcassé sur le terrain. A consacré ses économies, celles de sa mère. Il a entraîné des classes entières à replanter dans les montagnes hêtres, chênes, katsuras (arbres à caramel). Vingt ans plus tard, l'océan retrouvait son bleu céleste. La rivière Okawa est à présent le cours d'eau de la région le plus riche en remontées de saumon. Aujourd'hui, dans tous les départements côtiers, des pêcheurs participent au reboisement des montagnes. Shigeatsu a même écrit un conte qui vient d'être traduit en français. « C'est avec le souhait de reboiser le coeur des enfants, dit-il, que j'ai voulu raconter l'histoire d'un petit garçon (Shigeo) et de Papy Huître. Le héros porte mon ancien surnom et le récit s'inspire de ma vie, car les huîtres m'ont tout appris. À l'automne, les saumons venus des mers du Nord passent devant moi pour pondre des oeufs en remontant la rivière. Ils me transmettent ainsi des informations sur la mer d'Alaska, la mer de Béring, la mer d'Okhotsk. Après leur naissance, les petits redescendent et passent devant Papy Huître pour rejoindre les mers du Nord ! »
Pendant son périple en Bretagne, Shigeatsu aura pu frotter son expérience avec celle de ses homologues bretons. Méditer sur cette même mer qu'ils cultivent, accompagnent, guettent, maudissent régulièrement. Celle-là même qui, parfois, enfle et vient choisir ses proies. On retrouve cette même vague chez Hokusai (1760-1849), grand peintre et auteur de récits, ce même fatalisme. « La culture celte, explique Olivier Roellinger, célèbre cuisinier à Cancale, est proche de la philosophie shintoïste. On naît chaque matin, on meurt le soir. Il y a une fatalité, un regard particulier et partagé sur le monde des Abysses, des Atlantides. » Les ostréiculteurs du nord et du sud de la Bretagne en témoignent à chaque saison. Un orage de grêle s'abat, et cinq cents tonnes de coques disparaissent dans un baillement fatal.
Shigeatsu boit une huître et avale sa chair. Le monde semble alors dans sa loi implacable, comme à sa naissance, à son perpétuel renouvellement. Il nous regarde au-dessus de la coquille, mêlant à celle-ci la nacre de ses yeux. Le mot japonaisme signifie les yeux, le regard. Mais aussi, les mailles du filet.

Bonjour,
Voilà,voilà,on accroche les wagons....on l'aime cet homme.
PS: il est passé à Thalassa, ou sur Arte dans un reportage sur le Japon,je me souviens de ce Monsieur
Rédigé par : Gertrude Maillard | 25 octobre 2012 à 08:53