La cuisine fonctionne en boucle. La bouche du reste en est la représentation graphique, un antre mouillé, circulaire, un dôme humide, une alcôve lubrifiée. Étonnez vous alors que les nourritures soient astreintes à ce sens giratoire, fonctionnent à la répétition. Mieux encore à la régression joviale. Régulièrement, des cuisiniers tentent de se faire la belle et la malle : molécules, fusion, cru, mousses, graines…Pour revenir, rabattu par le temps, sur les éternels fondamentaux. Sans doute parce que la table est un dernier lieu où l’on peut régresser en le revendiquant : Danette, burger, buns, mousse au chocolat, frites, Nutella, nuggets, mac Flury, poulet rôti, asperges sauce mousseline, caviar à la louche …C’est même ici que se niche la dimension rebelle des nourritures, la fuck you food (copyright Officiel Hommes 2012) . Nous n’en avons rien à battre semble t il, des recommandations, du gastronomiquement correct, des fiches de santé et des ordonnances délivrées par les magazines. Nous n’en avons rien à battre et si vous continuez à nous rectifier à la calorie, au grammage, à l’Oméga 3, aux points retraite, nous allons passer au pouce dans la bouche. La marche à quatre pattes. Rassurez vous on s’arrêtera avant l’écuelle.
On souhaite tout simplement rester jeune, enfantin, déjouer les attentes, éviter de glisser dans la rigole commune. Nous aspirons à perdre la mémoire, oublier, reprendre encore et toujours, comme une incantation, mieux une ritournelle. Encore ? Encore !
La table est un des derniers bastions de résistance dans un
univers semble t il singulièrement virtuel ; et pour tout dire, barbant.
Alors, il faudra s’attendre à garder cette coloration Dorian Gray, se battre
pour rester vivant, enfantin. C’est sans doute la meilleure des
thérapies : s’écouter, parler la bouche pleine, réclamer du rab’. C’est,
faut-il le rappeler, vital. Dope, sexe, money, serviettes de bain, chantilly…

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