Normalement, un voyage comme celui-ci produit un effet de tamis. La cuisine s'éclaircit. Elle s'épure, se débarrasse de tournures et de surcharges, gagne des éclairages nouveaux (saveurs, épices). Lorsqu'on se promène ainsi, la monture s'allège. Voici notre homme logiquement au coeur de son assiette. Les entrées jouent la prudence et l'observation, à l'instar de ces aubergines fondues, courgettes et parmesan. Elles se mettent en place sans trop fracasser le paysage : boudin de noix de saint-jacques, bouillon de légumes aux herbes et lait de coco. Ensuite, la musique de Chabanel se pointe. Voici donc une assiette tout en équilibre, bien carrée dans ses saveurs et ses aplats : noix de saint-jacques rôties, jus de céleri, pommes roseval et petits pois ; ou encore la joue de boeuf braisée, longs macaronis et jeunes légumes. Il s'agit là d'une cuisine de facture classique (Chabanel a été formé chez Gagnaire et Vigato) déroulant avec sérénité et détermination. Rien qui ne cloche, ni dénote. C'est une chanson gaie, entraînante, jouant les rimes. Ce n'est pas pour autant une cuisine d'invincible, mais plutôt un répertoire de lutteur, au corps à corps avec la matière.
Invictus, restaurant Christophe Chabanel, 5, rue Sainte-Beuve, VIe. Tél. : 01 45 48 07 22. Fermé samedi midi, dimanche et lundi midi. Formules à partir de 25 euros.
